Cela faisait un certain temps que je n’avais pas servi de régulateur d’allure sur une course. C’est un plaisir particulier de voir l’autre réaliser son objectif à travers son soutien. Je trouve personnellement que c’est aussi exaltant que de réaliser un record soi-même. Le rôle de meneur d’allure n’est pas trop compliqué après chacun le fait à sa façon. Pour ma part, je ne suis pas trop à donner des conseils pendant toute la course, je crois qu’il faut que le coureur vive sa course pleinement. J’imprime une stratégie de course que je crois la bonne et après je reste plutôt en retrait. Je donne les temps de passage au kilomètre, j’anticipe les ravitaillements et j’essaye de me détendre au maximum en me plaçant devant pour le montrer, bras le long du corps, foulée fluide. Il faut être un gage de régularité même si ce n’est pas ma grande qualité.

Le temps des choix

Initialement prévu sur 3h15, je me rétracte pour aider le groupe des 3h30. Un souci de santé ne me permettait pas de courir de façon assez sereine pour faire régulateur et battre mon record sur marathon dans le même temps. Je me sentais frais après un mini-plan d’entrainement très qualitatif sur 7 semaines et surtout deux sorties trails le week-end précédant (les photos ici). Par contre, j’ai une douleur sous le pied (je suppose que c’est psycho-somatique) et mon genou est encore un peu tendu suite aux deux sorties trail.

Je pars donc avec un groupe de 4 hommes : Matthieu D., Fabien P., Arnaud F. et Vincent R. Le premier a pour objectif de faire 3h35 et les trois derniers de faire sous les 3h30. Nous partons ensemble de l’hôtel j’amène tout le monde dans le SAS1 devant le meneur d’allure 3h20, je ne sais pas pourquoi nous avions 3 SAS différents indiqués sur nos dossards. La ligne de départ a été un peu avancée par rapport à l’année dernière, nous débutons la course au pied du pont Erasmus, symbole de la ville de Rotterdam. Après l’hymne traditionnel, « You’ll never walk alone » le starter est enclenché, vu notre départ de tortue, nous avons un flot de coureurs qui nous dépasse. Pas de panique, les premiers hectomètres du parcours sont en montée, autant y aller tranquille pour ne pas griller nos forces dès le début. Nous partons en 6:00 du kilo sur les 500 premiers mètres puis 5:30 sur les 500 suivants avant de se caler sur 5:07 sur les deux kilomètres suivants. je prends un réel plaisir à prendre ce départ, je profite de cet instant avec un public très, très nombreux sur les bords du parcours. Naturellement le premier kilomètre est un cauchemar pour notre classement ! On perd un nombre incalculable de places que nous regagnerons petit à petit sur l’ensemble du parcours. Nous n’avons pas arrêté de doubler… signe d’une bonne gestion ?
La patience sans stresser

Les premiers kilomètres servent d’échauffement pour nos corps encore tout engourdis par la longue nuit (forcement un départ un à 10h, tu es tranquille pour le réveil). Il fait chaud en ce 8 avril, autour de 16° (comme l’année précédente) le soleil est présent au départ avant de se cacher vers le 10ème kilomètre. Nous avançons tranquillement jusqu’au premier ravitaillement (5K) qui ressemble à un champ de bataille, coureur à l’assaut des premières tables, nous ne paniquons nous contournons l’amas d’assoifés pour tranquillement siroter notre A&A sur les tables suivantes. Puis le 10K, puis le 15K, ce récit pourrait devenir monotone heureusement au 18K, je m’arrête 7 min pour problème technique…
Le contrôle de soi

Commence ensuite une longue remontée, une course contre la montre pour revenir sur mon groupe. Je reprends la course en 4’34 au kilo autant dire que je ne lésine pas, je double énormément. Je reprends Mathieu vers le 20ème kilomètre. Il est parti sur les bases de 5’05 donc plus rapide que nous au départ mais il tient la cadence, un vrai métronome. On verra si sa stratégie est gagnante. De mon côté, je continue mon effort tout en prenant bien mon temps pour me ravitailler un peu d’eau, beaucoup d’épongeage sur la tête, la nuque et les quadri. Je finis par la boisson isotonique A&A. Cette boisson est plutôt une réussite, pas trop sucrée elle ne reste pas dans la bouche ou ne donne pas soif. Par contre elle manque un poil de sodium pour moi.

Je me cale sur deux coureurs, l’un est plutôt inconstant notamment lors des ravitaillements durant lesquels il s’arrête et l’autre qui est plus constant mais moins rapide. Bref, ils me servent de poisson pilote sur 7/8 kilomètres. Au 30ème, je continue mon effort alors qu’eux commencent à faiblir. Sur chaque kilomètre, je regagne du temps, arrivé à 1 minute de l’objectif des 3h30, je tempère un peu pour reprendre de l’énergie. Quelques instants après, je trouve chaussure à mon pied, un runneuse Néerlandaise me reprend, je m’accroche à elle. Elle me tire sur 1 kilo puis je prends le relais, nous nous aidons mutuellement, j’avoue que cette aide à ce moment de la course me fait du bien, je me cale dans sa foulée pour libérer mon esprit. Je reprends à bonne foulée mon contre la montre. Au 34ème je perds un peu le fil de ma course, l’organisation a installé des écrans géants pour passer des messages de 6 secondes de proches des coureurs. Je passe seul sur la bande chrono et quelques instants plus tard, je vois une bande d’énergumène scander mon nom ! Ce sont mes collègues qui assurent grave. J’ai les larmes qui me monte au yeux, j’en perds mon rythme. C’est con à dire mais je pense que de mettre ça au 34ème, c’est aussi une belle épreuve à surmonter. C’est à ce moment que la course est la plus dure et je dois dire que les sentiments sont exacerbés. En tout cas ça produit un belle effet sur moi. Je reprends mes esprits et je me recale sur ma Néerlandaise.

Je savais que deux des trois coureurs seraient autour des temps des 3h30, notre départ n’était pas trop rapide, il n’y avait pas d’inquiétude à avoir. Le plus dur était fait les 18 premiers kilomètres à allure modéré et constante leur servirait de rampe de lancement idéale pour finir ce marathon. De plus, ils ont abordé l’épreuve avec humilité, il n’ y avait pas de sentiment de sur-confiance. Ils savaient que pour passer la barre des 3h30 il fallait gérer sa course et la régularité en était la clé.

Je retrouve en ligne de mire mon groupe au complet au 38ème kilomètre. Je fais un dernier effort au 39ème kilomètre nous avons environ 1′ d’avance sur les 3h30 pas question de flancher, pas question que l’un du groupe ne réussissent pas ! Arnaud et Fabien sont dans de bonnes conditions, ils accélèrent. Vincent a le visage fermé mais il a une forte volonté. Il a déjà plusieurs fois buté sur le passage sous les 3h30. Je me sens en pleine forme, j’arrangue la foule toujours plus nombreuse et nous sommes acclamés comme des stars, je lève les bras au ciel, HOuRRA ! je fais des signes de croix, Come on Vincent! je fais du retro running Oh my God! bref je m’éclate et j’en profite pour pousser Vincent au bout de son effort. Nous arrivons tous les quatre dans la même minute 3h28m. Matthieu lui termine en 3h38, il a eu du mal à tenir les 5’05 jusqu’au bout mais il améliore son temps de référence d’une minute.


Fierté et joie

Je suis fier de ce qu’ils ont accompli, ils ont bossé dur pour arriver à leur objectif, un grand bravo à eux. C’est très exaltant de pouvoir participer à sa façon à cette performance. D’un point vue général, je trouve que c’est moins ennuyeux de faire pacer que de tenter un record. De plus, il y a moins de pression sportive ce qui facilite la gestion de course. De là à me tempérer sur mes propres courses, je ne suis pas encore sur de pouvoir le faire… la sagesse viendra ou pas.

La course.

Bande-son :

Superorganism – Night time

10LEC6 – Quakerz